LSD - 26/12/03



Etape 1 : Epoque pré-LSD

Je suis un jeune adulte père de deux enfants, j'ai une situation professionnelle prometteuse (en formation niveau III dans les réseaux informatiques). Mon amie et moi nourrissons des rêves de famille heureuse, socialement intégrée. J'ai déjà en moi un gout prononcé pour le voyage. J'accepte l'idée de tenir un emploi qui serait peut etre pauvre d'un point de vue créatif et intellectuel, mais qui me permettra de faire vivre décemment ma famille. Si je me projette dans l'avenir, je nous vois vingt ans plus tard dans une grande maison, avec un niveau de vie correct. Dans les centres d'intérêt : théatre, cinéma, littérature (s-f, en ce qui me concerne), et la musique évidemment. Tout cela aurait donné une vie bien remplie : gérer la famille, le travail, les loisirs et avoir (quand même) l'occasion de voyager un peu...

Ceci constitue donc mon futur alternatif, celui que je m'imagine sans ma rencontre avec le LSD

Etape 2 : découverte du LSD

a) Ca fait toujours ça la première fois ?

La première expérience fut agréable, mais ce fut la deuxième qui s'avéra décisive, à l'occasion d'une petite fête dans la nature. Je n'avais pas encore suffisament de recul à cette époque. De ce jour-là, ma mémoire me renvoie une perception totalement nouvelle de la musique, une réceptivité inconnue jusqu'alors à la bonne humeur ambiante, un état oscillant entre l'ébahissement, la sérénité et la confusion. Ne vous méprenez pas : si vous n'avez jamais goûté au LSD, ces sensations vous sont inconnues. Et il n'est pas assuré que vous ayiez un quelconque intérêt à les connaître : ne perdons pas de vue le but premier de cette réflexion.

Toujours est-il que cet état nouveau fut à l'occasion de mon premier geste de "remise en cause" : alors que j'aurais du rentrer tot pour m'occuper de menues affaires, j'estimai sans vraiment savoir pourquoi, que le moment que je vivais avait une réelle importance, et je restai jusqu'en début de soirée. Je réalise en y repensant que ce jour la j'ai redécouvert le plaisir simple d'etre entouré d'amis, dans un cadre bucolique (un champ cerné de chênes, et au fond les pyrénées enneigées...).

b) Quand l'expérience dure...

La deuxième grande étape de mon initiation, fut l'expérimentation de l'acide sur plusieurs jours. Celle-ci se fit dans un contexte bien particulier : je me trouvais au Portugal, pour un festival musical. Arrivé l'esprit clair, le cadre de rêve exercait déjà sur moi une fascination certaine. J'appréciai énormément ces nouveaux paysages, l'ambiance qui régnait au sein de notre petit groupe, et la musique évidemment. Puis, arrivèrent les premiers trips. Je décidai de vivre celui-ci en solo, et partais me promener sur le site, pendant que l'effet montait en moi. De nouveau (et cette fois ci dans l'ordre) : confusion, ébahissement, sérénité. Vint le moment ou je m'assis, seul face à un lac, et ou je laissai mes pensées divaguer. Ce jour-ci, le mot "Nature" prit un sens nouveau pour moi. Ce jour-ci, je n'ai fait qu'un avec elle, je me sentais onduler en phase avec l'eau que je contemplais, je ressentais partout autour de moi une force dont je faisais partie, moi ainsi que chaque être présent, j'en déduisais que cette force (cette énergie?) émanait de chaque etre vivant, de chaque objet inanimé...

je me rendrai compte bien plus tard, que les expérience psychédéliques sont souvent proches du mysticisme (à l'exception de la consommation récréative).

Le nounourz était ferré : il existait quelque chose d'infiniment plus fort, plus grand, que la petite vie "métro-boulot-dodo" que je menais. Le futur alternatif décrit dans la partie précédente commença à m'apparaître moins attrayant, et je commençai à refléchir à une manière de concilier ma vie et mon avenir avec ces nouvelles données...

Etape 3 : multiplication des expérimentations et des réflexions à ce sujet.

Il y a eu bien des expérimentations, les plus récentes (et intenses) s'étant déroulées à la fin 2003. Chacune fut bien évidemment unique, et marquée de cette empreinte mystique si caractéristique de cette drogue. Il s'avère que celle-ci modifie la conscience que j'ai de la moindre chose qui m'entoure, comme si j'étais quelque artiste contemplant l'Infini partout ou se pose mon regard. Je peux poser ce regard neuf sur autant de couleurs, d'objets, je peux écouter de la musique avec une sensibilité incroyable ; l'Acide apporte la sublimation del'objet, considéré en tant que tel, et qui soudain se révèle avoir une pléthorrée de sens, significations et implications dans l'espace, le temps, dans la Vie.

la contrepartie, est que l'acide rend non seulement contemplatif, mais aussi méprisant envers d'autres idées, plus en rapport avec le réel. Il s'agit ici des obligations matérielles, particulièrement. Mais pas seulement. Si l'on considère le fait d'accorder de l'importance à sa carrière professionnelle, à ses revenus mensuels, à son image dans la société des "gens comme il faut", comme étant le fait d'un conditionnement socio-culturel (c'est mon hypothèse de base), alors force m'est de constater que l'acide ronge ces "barrières" et tend à modifier le sens des priorités.

Entre un emploi bien rémunéré et la sensation ineffable d'etre en harmonie avec l'univers entier, la répétition des expériences psychédéliques tendra a faire négliger la première option pour privilégier la seconde.

Il ne s'agit pas de déterminer si cela est une bonne ou une mauvaise chose, je constate simplement que c'est une des conséquence de l'expérience LSD.