
Introspection schizophrénique - 28/09/04
Tu dois arrêter l'héro, parce qu'elle te mènera à une mort prématurée.
-Mais quand je n'en prends pas, la vie m'attire si peu qu'une majorité de mes pensées est voué à trouver un moyen d'y mettre fin...
Tu dois arrêter l'héro, parce qu'elle te fera perdre un par un tes amis.
-Mais il n'y a pas une personne à laquelle je tiens suffisament pour m'en inquiéter ! Les gens, potes, amis, apparaissent et disparaissent de ma vie comme de ma conscience, rien ne me lie à eux. M'attacher, c'est m'exposer à la souffrance, ce que je refuse. J'ai pris conscience de cette attitude que j'adopte de façon inconscience, mais je ne sais comment changer cela. Je ne sais même pas si je le souhaite réellement, au fond.
Tu dois arrêter l'héro, parce qu'elle te fait négliger la vie réelle et te fait oublier certaines de tes obligations, ce qui te vaut divers ennuis financiers et administratifs.
-Mais je négligeais tout cela avant d'en prendre ! Je crois même avoir fait des erreurs bien plus graves auparavant, alors que je n'y touchais pas encore...
Tu dois continuer à prendre de l'héro, car c'est grâce à elle que tu crées.
-C'est faux ! J'écrivais bien avant de la découvrir, et je composais mes morceaux sans son aide jusqu'à il y a très peu de temps...
Tu dois continuer à prendre de l'héro car sans elle la vie n'est qu'ennui et temps qui passe.
-Et pourtant, il me semble bien qu'auparavant je vivais tout de même des moments agréables !
-Oui, au goutte à goutte, noyés dans une éternité insipide, tant de moments durant lesquels tu n'as fait qu'attendre le prochain moment plaisant, qui à chaque fois est si éphémère... Et tant de vide entre temps...
Tu n'as ni passion ni but dans la vie, tu n'as pas envie de souffrir mais la vie sans Elle est douloureuse, pourquoi ne pas l'accepter en tant qu'antalgique de cette vie ?
-Mais il n'y a donc pas d'autre moyen ?
-Pourquoi en chercherais-tu un autre ? Tout ce que tu as à perdre, tu l'as déjà perdu. Le peu que tu as à gagner en arrêtant, ne t'intéresse pas. Arreteras-tu pour les Autres ? Ils ne sont pas à ta place. La plupart ont appris à se battre face à la vie, d'une manière ou d'une autre. Ceux qui ne l'ont pas appris sont soit dans la même situation que toi - mais avec peut être une autre drogue - ou le seront bientôt, soit morts.Tu n'es pas armé face à tout cela. Ton passé est une succession d'échecs sentimentaux, scolaires, professionnels, familiaux. Ils disent que tu peux réussir, que tu en as les capacités, ce qui serait vrai si tu n'avais pas cette propension naturelle à te briser comme du verre au premier obstacle rencontré.
-J'ai pourtant eu mon diplôme l'année dernière...
-Pour une formation dont tu maîtrisais les deux tiers du contenu avant même d'y entrer. Et tu le savais pertinemment.
-Et la musique ? Et l'écriture ?
-Avec ou sans héro, tu n'es pas foutu de bosser avec assez d'assiduité pour produire un résultat qui puisse te permettre de sortir de l'amateurisme. Ce que tu crées est sans doute d'un niveau relativement correct, puisque des gens apprécient ton travail. Mais rien de tout cela ne te vaudra de réussir dans l'un ou l'autre domaine, à moins que tu sois prêt à fournir une masse considérable de travail, qui ne paieront pas avant un laps de temps qui risque de s'avérer assez long. Te crois-tu capable de cela ?
-Non, c'est vrai. Je me connais, j'ai dit à mille occasions que "cette fois ci, je me mets au travail", et mille fois j'ai fini par lâcher l'affaire, en général en très peu de temps. La musique est ce que je prends le plus de plaisir à faire, et quand bien même je me déciderais à en faire ne serait-ce qu'une heure par jour, je ne tiendrais pas cette résolution plus de deux semaines. Etant donné que je n'accepte d'ordre de la part de personne, je ne peux même pas me le faire imposer par une forme d'autorité paternelle, comme quand j'étais gosse.
Il y a une solution, toutefois. Elle est très simple. Il suffit d'arrêter la machine à penser. Tu vis dans l'ennui parce que tu es replié sur toi-même, dans ton monde intérieur. Trouve le moyen de ne plus penser sans cesse, ainsi même si ta vie est désagréable, tu en auras moins conscience.
-Je n'y parviens pas. N'ayant jamais envie de faire quoi que ce soit, je passe le plus clair de mon temps à penser.
De quoi as-tu besoin, en fin de compte ?
-D'une formation accélérée sur le thème "comment faire face aux difficultés de la vie"
-D'un entraînement à la résistance à la douleur, tant morale que physique.
-D'un fascicule expliquant comment se débarasser des carapaces émotionnelles construites inconsciemment durant l'enfance.
Que peuvent faire tes potes s'ils veulent t'aider ?
-Par défaut, je n'ai envie de ne rien faire. Mais si quelqu'un passe avec une idée (expo à visiter, amis à aller voir, barbecue à la campagne), il y z de fortes chances pour que je le suive, pourvu qu'il insiste tant soit peu. Mais je n'ai pas envie de faire grand chose, et les gens qui passent souvent ne proposent rien, hormis une petite ligne ou un tarpé.
Que peut faire ta famille pour t'aider ?
-M'accueillir. Ne pas juger. Ceux qui croient que je ne suis qu'un feignant qui a besoin d'un coup de pied au derrière, sont priés de réfléchir un peu plus de deux secondes. Et de s'abstenir de formuler ce genre de considérations, qui non seulement ne me sont d'aucune aide, mais sont aussi la preuve du manque d'intérêt *véritable* pour ce que je vis en ce moment. Pas grand chose, en fait.
Un petit mot pour la fin ?
-Une pensée pour mes gosses. J'espère que je pourrai leur donner de moi autre chose que le mal de vivre. Question début dans la vie, on peut pas dire qu'ils aient été super chanceux. Mais qu'ils sachent que je ne les oublie pas. Qu'ils n'y sont pour rien dans ce qui m'arrive. Et que j'espère un jour viendra ou papa Nounourz aura quelque chose de chouette à leur apporter.