Réflexions sur le suicide - 04/10/04



Il y a deux semaines, T. a fait une tentative de suicide. Il s'est ouvert les veines, et good-bye cruel world. Seulement, un ami s'en est rendu compte à temps, a alerté les pompiers, qui sont arrivé promptement et ont ainsi sauvé le jeune homme. Il est resté je crois une semaine et demie à l'hopital, sous antidépresseurs, temps durant lequel il s'est décidé à arrêter l'alcool.

Il est sorti hier soir de l'hopital, et je suis allé avec des amis le voir - c'était la raison principale de la petite bouffe au curry dont j'ai brièvement parlé dans la note d'hier soir. Nous étions sept dans son studio, à ne pas trop savoir quoi lui dire, riant un peu nerveusement à la moindre tentative d'humour de l'un d'entre nous. De mon coté, ce que j'aurais pu lui dire, j'ai préféré le taire. Je me demande s'il aurait été capable de l'entendre, je pense que oui, mais ce n'était certainement pas le cas des autres personnes en présence.

Je lui aurais dit que j'étais jaloux de son courage, parce qu'il a osé faire ce geste que je ne parviens pas à faire, toujours cette fichue peur que ça fasse mal. C'est stupide, mais c'est plus fort que moi : je ne veux pas mourir dans la douleur, aussi minime soit-elle.

Je lui aurais dit que je ne comprenais pas qu'il ait raté son coup, à moins qu'inconsciemment il n'aie pas réellement eu envie de mourir, qu'une partie de lui-même ait délibérément saboté le travail de façon à ce qu'il n'y laisse pas la peau. Je ne conçois pas qu'une personne ayant profondément le désir d'en finir, ne parvienne pas à ses fins ; les moyens pour cela ainsi que les probabilités d'échouer sont pourtant suffisament évidents pour qu'une personne réellement motivée puisse se supprimer sans la moindre chance d'être sauvée. C'est d'ailleurs l'autre raison qui me pousse à attendre : je ne veux pas, si je décide un jour de passer à l'acte, me retrouver 24 heures plus tard dans un hôpital avec une perfusion au bras.

Je lui aurais dit, avec la plus grande sincérité, que je ne pouvais rien pour lui, que j'avais choisi le suicide version lente avec l'héro, que je partageais ce point de vue selon lequel continuer dans cette vie est, après tout, une option que l'on est en droit de refuser. Et qu'à sa place, le fait d'avoir été "sauvé" m'aurait rendu furieux, frustré, et n'aurait fait qu'ajouter quelques gouttes d'amertume à la coupe déjà trop pleine de mon mal de vivre.

On aurait tort de le croire tiré d'affaire. Le désir de mourir ne s'envole pas en si peu de temps. Pendant tout le temps que nous avons parlé chez lui, T. n'a pas une seule fois parlé d'avenir, de projets quelconques, il n'a pas parlé de sa TS comme d'une erreur à ne pas refaire. La discussion la plus longue que nous avons eue fut au sujet de jeux vidéo, dans lesquels il s'efforce de faire passer le temps et l'ennui, tout comme je le fais avec ce blog, la musique et la défonce. Il s'est promis d'arrêter de boire, mais je sais qu'au fond, tout cela est davantage le fait de proches et de médecins qui l'y ont poussé, que sa propre initiative. Quand le monde entier vous rend malade et que la vie réclame sa fin prématurée, il n'y a pas de raison pour vouloir cesser de consommer quelque chose qui, quoi qu'on en dise, aide à supporter le quotidien.

Il est toutefois possible que je me trompe, et je l'espère. Mais les gens ont tellement d'idées reçues sur le malheur, le suicide et leurs corollaires, qu'il en est presque pénible de s'expliquer sur ce sujet. Je conseillerai donc la lecture du roman de Coelho "Veronica veut mourir" ou, plus simplement mais avec plus de véracité à mes yeux, la courte nouvelle d'Aka : Dernière Lettre.

Cette note n'est pas une demande d'aide masquée, et proches autant que lecteurs inconnus ne peuvent en rien modifier mon piont de vue sur la chose. Cette idée me trotte dans la tête mais je n'envisage pas - pour l'instant - de la concrétiser ; ceci dit et comme l'a très bien expliqué Aka, il est important, dans l'éventualité ou je franchissais un jour le pas, que vous soyiez conscients de votre impuissance face à cela. Le jour où cela se produira, ni vos regrets ni votre culpabilité ne me ramèneront à la vie, et avant ce jour fatidique, aucune de vos bonnes volontés, de vos attentions ni de votre amour ne sauraient me faire abandonner cette idée.

L'échec du suicide de T. me conforte toutefois dans ma position, qui est de ne pas précipiter les choses, et de n'agir que si mes chances de succès sont au maximum. Cette note a donc un coté optimiste, puisque je n'envisage pas de mourir dans les prochains mois. Et le coté négatif, c'est que lorsque je me serai enfin décidé, je compte bien ne pas me rater.

Ah, une dernière chose.
Mon psy m'a dit que les personnes voulant vraiment empêcher mon suicide, peuvent le faire en m'offrant diverses choses comme une voiture, un appartement en centre ville, un home-studio pour l'enregistrement de ma musique, un voyage autour du monde, ou quelques litres de LSD liquide.

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-Nounourz, je peux te dire un truc ?
-Ouais, j't'écoute...
-T'es vraiment qu'une raclure, en fait !
-Ouais je sais, j'trouve ça plutot cool au fond ...
-Alors crève, et arrête de nous faire chier.
-J'le fais, t'inquiète... Mais j'prends mon temps.