Le manque - 02/11/04



Je me suis levé avec le manque et la gueule de bois. Mon corps est douloureux - crampes, mal de dos, mal de ventre ; c'est la première fois que je ressens tout cela avec autant de violence dès le réveil. Mon premier réflexe fut de me diriger vers le petit monticule de poussière et de faire une ligne, un trait couleur café crème sur un boitier de CD noir. J'en ai gardé un peu de coté, que j'ai mis sur une cigarette humidifiée. Les effets conjoints de la trace et de la clope ont fait s'envoler la douleur en moins d'une minute. Je sais que ça ne sera pas assez, et que tout cela me reviendra d'ici quelques heures. Au moins j'aurai eu ce sursis, endurer tout cela au réveil m'aurait franchement déplu. Ensuite, il me faudra affronter le mal-être. Plus tard. J'essaie de ne pas y penser ; de toute façon je n'aurai pas le choix.

Je crois que j'ai peur. En préparant ma ligne tout à l'heure, je me suis souvenu d'une conversation d'hier soir, peu avant que mon appartement ne se vide. "T'es toxico quand la première chose à la quelle tu penses, c'est la dope, quand tu la fais passer avant le reste". Je n'ai pas encore déjeuné, mon appart est en bordel, le frigo bientôt vide et mes allocations chômage ne tombera pas avant quelques jours encore. Guère brillant, le nounourz. Pour le moment, j'essaie de m'en foutre, j'ai d'ailleurs des réserves de Lexomil prévues à cet effet. J'ai l'impression de m'être réveillé dans un mauvais film. J'essaie de prendre du recul, de regarder ce que je suis devenu. Ca me dégoute. J'ignore où tout cela s'arrêtera. Tout ce que je sais, c'est que je voudrais en avoir encore, toujours, ne jamais être à court. Tout serait tellement plus simple. Je crois que je vais retourner dans mon canapé.

Je sens que la machine à penser va me causer des problèmes aujourd'hui. J'ai envie d'oublier. Je sais que je ne trouverai pas le sommeil, mais je vais le chercher quand même. Prendre la fuite. Rien d'autre ne comptera aujourd'hui que de trouver une échappatoire à ma conscience, un moyen de ne plus me regarder avec cette envie de gerber.