
La capacité de pleurer - 03/11/04
La capacité de pleurer ma été otée il y a bien des années, et je donnerais cher pour la retrouver. Je préférerais me vider en larmes, plutot qu'en mots sur ce blog, mais je n'ai pas le choix - hormis celui du silence. Ces putain de lexo ne sont pas assez forts, je ressens encore des montées de rage sourde et souterraine, les prémisses d'une implosion qui ne se produira jamais. Le manque est toujours là, plus faible dans la douleur, mais toujours aussi présent à mon esprit. Je ne suis plus rien d'autre que l'esclave d'une poudre brune, qui me permet de rêver ma vie au lieu de la livre, et berce ma vie en chansons floues et apaisantes. Je veux n'être plus que cela, une raison de vivre qui annihile toutes les autres, une raison de ne plus jamais se battre.
Je voudrais que ça soit un matin qui pleure, que mes yeux coulent sans interruption sur mon sort. Je voudrais être assez désespéré pour le suicide, ou au moins, comprendre par quel miracle je me maintiens en vie. Ou par quelle lacheté. Mon corps et mon esprit se sont unis dans la douleur, à moi qui me faisait un credo de ne plus jamais vivre pareille chose. Je ne veux pas penser au futur : les cinq prochaines minutes seront tout aussi pénibles que celles qui s'écoulent à présent, c'est tout ce que j'ai besoin de savoir.
Mon appartement est toujours autant en bordel, mais il est vide de stimuli, vide d'intérêt. J'ai beau chercher du regard chaque recoin où se cachent objets et souvenirs, il n'y a rien ici qui puisse m'être utile, hormis mon canapé qui va une fois de plus m'accueillir, anxiolysé, et m'accompagner dans mon improbable dessein de réduire mes pensées au néant.
Et puis, j'ai froid, je serai certainement mieux sous ma couette.
Je rêve - oh mon dieu que j'en serais heureux - de croiser un tueur psychopathe qui mettrait fin à mes souffrances, puis s'en irait sans même détourner le regard. Il devrait y avoir un service d'euthanasie expéditive pour les suicidaires trop laches pour passer à l'acte.
Si j'avais le courage de sortir de chez moi, je crois que j'irais me faire prescrire des somnifères, des trucs plus puissants. J'enragerais de me sentir un jour la force de sauter le pas, et de ne pas en avoir les moyens à disposition.
Je ne comprends toujours pas pourquoi je suis encore là. Il y a tant de raisons d'en finir, et si peu de rester, pourtant. Ces anxios sont décidément trop faibles, je vais en reprendre deux, avant de rejoindre ce canapé, mon meilleur ami. Peut-être plus. J'ignore comment on se fait prescrire des neuroleptiques, ça m'a l'air amusant. J'espère que je pourrais garder au fond de moi un brin de conscience pour jubiler de mon nouvel état de zombie, pour exulter du désespoir de mes proches. Il y a peu de chances. Un peu comme le suicide : je ne serai plus là pour regarder la peine que j'aurai infligée, et j'avoue que c'est assez frustrant. C'est peut-être pour cela que je suis resté en vie : pour garder en ma conscience mon oeuvre de destruction, d'affliction, ma vengance contre le monde et contre la vie.
Qu'ils n'y soient pour rien, ne les empêchera pas d'être les exutoires de ma colère.