Le silence - 16/01/05



Seconde confrontation avec l'opinion extérieure au sujet de mon suicide programmé : après le psychothérapeute, les amis proches. Une fois encore, l'incompréhension règne dans notre conversation. La difficulté que j'éprouve à les comprendre et me faire comprendre, me fait me sentir un peu plus étranger, un peu plus décalé. Ca fait bien longtemps que je me sens hors de ce monde, mais jamais jusqu'à ce soir ça n'avait été aussi flagrant.

Ce n'est pas la première fois que je réalise que des personnes qui sont parmi les plus proches de moi, ne me connaissent que peu finalement. Il est décidément simplissime de mentir aux autres lorsqu'on se ment à soi-même de façon éhontée, et les masques que nous portons finissent par passer aux yeux de tous pour notre véritable visage. Des masques : il n'y a plus que cela ; tous ces mannequins au visage de plastique me répugnent. Je ne veux plus participer à la comédie humaine, je ne veux plus cautionner cette mascarade absurde. Je reprends mes billes et me retire du jeu : puisque cette vie vous plaît, gardez-la donc, je vous la laisse.

Le plus difficile, c'est de me retrouver confronté à la tristesse de certains. Autant je n'éprouve ni pitié ni compassion pour une grande majorité de gens, autant le chagrin d'une poignée de mes amis me rend mal à l'aise. Eux comme moi nous retrouvons dans une situation plutôt ennuyeuse, et quand plus aucun mot ne parvient à se former sur les lèvres, un silence lourd de sous-entendus et chargé de malaise s'installe sans que nul ne puisse y remédier. Impossible de se regarder dans les yeux, j'ai peur d'y trouver des larmes.

"Je vous apprécie énormément, mais il n'y a pas sur cette Terre une seule personne à laquelle je tienne suffisament pour envisager de rester pour elle. Pas une seule personne... Pas même vous."

Ce n'est pas un extrait de notre conversation, je n'ai pas osé leur dire ; du moins je n'ai pas pu le formuler ainsi. Pourtant, cette phrase s'adresse à tous, à toi, qui es en train de lire, à mes enfants, mes frères et soeurs, mes parents. Et je ne comprends pas qu'on puisse se forcer à vivre par "amour" pour quelqu'un. Combien sont-ils à suinter le malheur et la misère, à porter leur croix toute une vie durant ? Quels bénéfice retirent-ils de la prolongation de leur souffrance ? Leur progéniture souffrira à son tour, et ainsi de suite pour les siècles des siècles, amen. Supporte ta vie minable, et apprends leur à la supporter aussi. Il faut se contenter de peu pour être heureux.

Eh bien, mangez les miettes et savourez vos précieuse minutes de bonheur - noyées dans le flot des instants pénibles et ennuyeux, des minutes insipides et des moments de douleur. Mais cessez de me demander de vous imiter : je refuse cette parodie d'existence, je refuse l'existence. Je refuse le combat, je refuse de continuer pour un avenir plus qu'hypothétique. Peu m'importe que mes raisons vous semblent bonnes ou mauvaises ; je veux mourir et je mourrai.