
The game is over - 25/01/05
Peut-être reste-t-il encore des question dans vos esprits, que vous n'avez pas pu ou su poser. Il est désormais trop tard, mais j'ai, cependant, une dernière chose à vous dire.
Premièrement, ma situation peut se résumer à une métaphore alimentaire très simple. Imaginez que la vie est un long repas. Imaginez ensuite que ce que j'ai ingéré jusqu'à présent à cette grande table ait fini par me couper l'appétit. Vous est-il déjà arrivé de vous retrouver devant un plat apparament délicieux, et de ne pouvoir en croquer ne serait-ce qu'un morceau par manque d'appétit ? Voici exactement ce qui m'arrive au banquet de l'existence. Je sais que les plats à venir peuvent être absolument délicieux, mais la n'est pas la question : je n'ai plus faim, et mon seul souhait est à présent de quitter cette table, définitivement.
Ensuite, il faut savoir que ce qui motive le suicide n'est pas le désespoir absolu ou le malheur extrême. C'est un idée couramment répandue, et pourtant, il n'y a rien de plus faux. Parmi les alternatives qui s'offraient à moi, il y avait entre autres : le suicide, le voyage, le déménagement à angers, continuer à glisser doucement vers le néant sous héroïne, l'internement en HP. Et chacun de ces choix possède ses avantages commes ses inconvénients ; l'important dans tout cela, est de bien réaliser à quel point le suicide est un choix qui n'est motivé, au final, que par une volonté d'en finir rapidement, et par une mauvaise foi qu'il me sera difficile de nier. Je sais que pour vous, une telle chose est difficilement convebable, mais pour moi, choisir entre la mort, le voyage et la psychothérapie, revient exactement à la même chose que choisir à la boulangerie entre un croissant, une chocolatine et un pain au lait. La raison pour laquelle la mort l'emporte, est que c'est la seule option que ne demandera ensuite plus aucun effort de ma part.
J'aurais souhaité - sincèrement - avoir dans ma vie quelque chose auquel me raccrocher. Une personne, une activité, un idéal. Avoir quelque chose en quoi croire, quelque chose qui aurait été pour moi une raison de me lever, de me battre, de revenir à table et de croquer la vie, à pleine dents ou à la petite cuiller. Mais il n'y a rien ni personne. J'aurais voulu aimer mes enfants, mais ce n'est pas le cas, je doute que vous puissiez imaginer quel effet cela peut produire sur moi. Quand je constate la quantité de démonstrations d'affection que j'ai reçues ces derniers temps, et quand je réalise que mon coeur plus sec qu'une pierre est incapable d'y répondre, je pense : "monstre". Ma raison me dit que je devrais être triste, mais aucune émotion ne sort, hormis peut-être une sorte de pathétique auto-apitoiement. Quand je dresse l'inventaire de mes centres d'intérêt et autres activités qui ont pu m'être agréables, et quand armé de cette maigre liste je réfléchis pour savoir laquelle pourrait m'être une raison de vivre, la machine à penser tourne à plein régime. Elle analyse, fait des prévisions sur cinq ans, des études statistiques et des calculs de probabilités, puis dans un nuage de vapeur crasseuse et un bruit d'engrenages qui s'entrechoquent, surgit le résultat : une navrante feuille blanche.
L'absence de personne chère à mon coeur et l'absence de but dans la vie : voici ce qui m'a mené à l'héroïne. Et non pas l'inverse... Si vous comprenez cela, peut-être pourrez vous faire une prévention efficace des dangers de la rabla. Ceux qui y tombent, sont parfois (souvent ?) ceux qui n'ont rien à y perdre. Error disait dans son réquisitoire contre la drogue, que c'est une alternative agréable au suicide : c'est exactement ce que j'en pense.
Pour reprendre la métaphore du dessus, dans le grand repas de la vie, l'héroïne représenterait certainement une sorte de ketchup à double tranchant. Un ketchup absolument délicieux mais qui, en son absence, rend chaque plat fade voire écoeurant. Je sais qu'en arrêtant, les mets auraient retrouvé leur saveur. Je sais qu'avec le temps, j'aurais peut-être (certainement, même) vaincu mes démons, appris à aimer, trouvé une occupation qui me botte. Mais chaque minute est une minute de trop, et les seules solutions à court terme que j'entrevois sont la mort et l'abrutissement en HP sous les psychotropes.
Il y a beaucoup de raisons, encore. J'en ai beaucoup parlé sur ces pages, vous n'aurez aucun mal à y trouver d'autres réponses à d'éventuelles questions. Sachez cependant, si vous ne connaissez que ce blog, que vous ignorez totalement ce qui constituait le "bon coté" du Nounourz. J'espère que ceux qui m'auront connu sous ce meilleur jour, garderont un bon souvenir de moi.
J'ai presque terminé. Je me suis suffisament expliqué et de manière assez claire - du moins je l'espère - pour que chacun de mes proches comprenne qu'il n'y a pas lieu de se sentir coupable. Vous pouvez trouver tout cela dommage, et vous aurez sans doute raison. Vous pouvez trouver tout cela égoïste, ça sera tout aussi vrai. Qu'importe votre avis, tant qu'une chose essentielle est comprise : même armé de la meilleure volonté du monde, vous ne pouviez rien y faire. Je préfère vous laisser avec un sentiment d'impuissance, qu'avec un sentiment de culpabilité.
Il y a tant de personnes auxquelles je n'ai pas pu parler, pas pu dire Adieu ou au revoir...
Je le ferai donc ici, publiquement.
Adieu à toi, qui lis ceci. Le moment est venu de faire face à mon destin - celui que j'ai choisi. Je pars sans regrets et sans larmes, ce que je souhaitais si profondément est finalement arrivé. Le sourire aux lèvres, je vais m'endormir pour ne jamais me réveiller ; paupières closes, je vais me laisser partir dans les bras noueux de la grande faucheuse.
Adieu à toi, qui lis ces mots. Ici s'achève mon calvaire, j'ai enfin trouvé la porte de sortie. Toutes les explications du monde ne pourraient sécher vos larmes, nul mot de bienveillance de ma part ne saurait atténuer votre douleur. Je ne peux donc que vous adresser mes excuses une dernière fois, et espérer que les blessures cicatriseront avec le temps.
Adieu à toi, qui parcours ces pages. J'ai inscrit le point final du roman de ma vie, j'ai quitté la table du repas de l'existence : je ne mangerai plus de ce pain-là, je n'ai plus faim, plus d'appétit pour tout cela. Aucun sens à donner à ma vie, aucune direction à prendre ; de toute façon, mon âme, elle, est en putréfaction depuis bien longtemps.