
"Il n’est plus temps de se lamenter. Plus temps de se frapper la tête des deux poings. La vie n’a définitivement plus rien à m’apporter, et je n’ai plus rien en commun avec ceux dont j’ai voulu m’entourer. Je n’ai pas de regrets, je ne ferai pas d’adieux. Je prends le large sans me retourner, et en regardant le fond de l’océan sans ciller."
Nounourz & nihil
Le texte dont je suis le héros
Nounourz est un auteur prolifique qui a écrit sa première nouvelle publique, Betty en Septembre 2004, à l'occasion d'un thème imposé : haine maternelle (relater l'histoire d'une mère qui déteste sa fillette de six ans).
Depuis, Nounourz a beaucoup écrit, réarrangeant des notes de blog pour les rendre autonomes, se lançant dans des sketchs délirants, dans la science-fiction ou dans le gore. Depuis son premier blog et Le texte dont je suis le héros Nounourz s'est spécialisé dans un jeu sado-masochiste avec son lecteur : il s'adresse directement à lui, le malmène, le mène en bateau dès qu'il en a l'occasion. Il met beaucoup de lui-même dans ses textes, la plupart comprennent une part autobiographique, même minime.Lien vers la fiche-auteur et la liste de tous les textes de Nounourz
Voici des liens vers quelques textes :
Betty : texte poignant, sombre, désespéré et très réussi. L'approche psychologique est impeccable. La narratrice est crédible dans ses réflexions et réactions, on a l'impression qu'on pourrait avoir les mêmes à sa place. Progression bien dosée, ça monte doucement en puissance et la situation vire naturellement au cauchemardesque, sans artifice boiteux.
Violent dreamz 01 : carnaval d'images paranoïaques et obscures qui s'enchainent sans grande cohérence. De la poésie en prose sinistre et brutale.
My last day : c'est le dernier jour avant la fin du monde et le narrateur s'oppose à l'attitude de ceux qui profitent au mieux de leurs derniers instants... Puis ça se change en road-movie disjoncté et nihiliste, traité de manière toujours distanciée et assez drôle. La sociopathie atteint ses limites dans ce texte très plaisant, qui ne se prend jamais au sérieux.
Felix : une série de textes hétérogènes dans l'esprit : gore, absurde, sombre, psychopathologique s'y mêlent. Si le style est bien différent d'un épisode à l'autre, l'histoire centrale reste la même, celle d'un père qui a tué son fils.
C'est celui qui lit qui y est : les lecteurs sont des cons, c'est une constante universelle. Infoutus de réfrener leur curiosité. Infoutus de saisir la pensée profonde de l'auteur. Infoutus d'être attentifs aux efforts de celui qui pourtant se torture l'esprit pour leur plaisir. Ce coup-ci, la balle change de camp et l'auteur vexé se venge. Très drôle.
Humeur noire : Nounourz appelle de ses voeux l'extinction de l'humanité. Plein de haine et de colère qui s'assouvit dans un carnage terminal. Le texte pousse à fond dans le gore, l'outrancier et on tombe même sur quelques vannes assez débiles.
Unknown error : un univers robotisé, cyberpunk, d'où l'organique a disparu. On se ballade comme une bille de flipper dans une ville mécanique en plein chaos. Dans cette poésie en prose on est harcelé de messages d'erreur et de sirènes d'alarmes. Pas d'histoire, juste une plongée dans un monde en pleine extinction.
Le texte dont je suis le héros (avec nihil) : tranche de vie stricte. L'intrigue est absente, toute forme d'action est délibéremment refusée. C'est volontairement confus pour refléter les états d'âme du héros à la dérive, reclus dans son appartement. C'est un texte qui refuse tout compromis au confort du lecteur, sombre, tourmenté et obsessionnel.
Blanche démence : on se retrouve projeté dans un univers blanc et vide, sans repères et sans explication. Rapidemment on s'intéresse à l'histoire et elle-seule, on est pris par le suspense efficace, jusqu'à une fin terriblement psychotique.
Le mal par le mal (avec Narak) : la paranoïa, évoquée en quelques paragraphes. On sent une certaine empathie avec le héros, on comprend ce qu'il ressent, on réalise à quel point la frontière entre la norme et la folie peut être mince. Efficace et rageur.
n3rDz (avec nihil, Lapinchien, Glaüx-le-Chouette) : une vaste saga de science-fiction totalement absurde et débordante de gags en tous genres. Quatre cyber-addicts accrochés depuis toujours à leur PC se voient supprimer leur accès à Internet.
Flot de vermine : la phobie dont il est question ici, c'est celle des vers. Ca se présente comme une tranche de vie classique, agréable sans être intense. Mais rapidemment ça se mue en bataille rangée entre le narrateur et les asticots qui envahissent son appartement, et le texte tombe dans le psychopathologique dur.
Apocatrip : Nourz parodie l'Apocalypse et c'est un vrai saccage : le récit visionnaire se change en série de vannes sur fond de trip psychédélique au LSD. Les quatre cavaliers sont quatre mongoliens assoiffés de sexe et de drogue. Nourz en surajoute dans le débile, mais colle toujours au cul du texte d'origine. Ca tient pas debout, c'est facile mais qu'est-ce que c'est drôle.
Timebomb : inspiré d'un texte de Lapinchien qui dépeignait la haine ordinaire d'un emplyé lambda pour ses contemporains qu'il croise chaque jour dans les transports en commun. Nounourz reprend cette base et fait du héros un terroriste qui se prépare à se faire exploser dans le métro. C'est bien vu mêmes si quelques notes de second degré viennent dédramatiser l'action.
Lycanthrope : une nouvelle médievale très amusante sur fond de famine et de lycanthropie. Mais en cours de route, Nounourz dynamite l'histoire et part en vrille. On sait jamais sur quel pied danser, mais au final on s'amuse bien.
Je plaide coupable, monsieur le juge ! : une sorte de reality-show malsain, Nounourz s'amuse à tester ses lecteurs, à les provoquer et à les pousser dans leurs derniers retranchements. Il avoue ici qu'il a assassiné quelqu'un et parle de cette expérience plutôt sobrement, de ce qu'il en retire. On est bien loin des films américains, l'acte fut lucide, rapide, et bien peu satisfaisant...
De passage (nrz subjective mix) : une reprise d'un texte d'Aka, qui abordait le ressenti d'une victime de viol. Nounourz le retranscrit avec justesse à la première personne, ce qui ajoute de la force tout en conservant une étrange distance psychologique.
Le dernier texte de Nounourz
Ce texte est un brouillon inachevé sur lequel Nounourz travaillait au moment de sa mort. Il a beau être une diatribe suicidaire, on aurait tort de l'interprêter comme une lettre de suicide. C'est au mieux un témoignage du fait que Nounourz pensait à nouveau à la mort. Nourz avait d'ailleurs proposé à deux personnes, Luz et nihil, de l'aider à travailler dessus, et le titre lui-même a été suggéré par nihil, "pour renforcer l'impact émotionnel du texte".
De passage (nrz tribute mix)
Nounourz avait demandé à Aem de travailler avec lui sur sa version du texte "De passage" (voir lien plus haut), puis avait fini fini par publier son texte seul. Aem a achevé sa version après la mort de Nounourz.